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Journal de la CSBE, Passions. Santé Mieux Être au travail. Janvier 2008
Laisser temporairement sa famille pour aller se réaliser.
Par Sylvie Fréchette
Durant ma dernière année comme interprète à la CSBE, en 2005, mon étudiante était finissante, je sentais que le défi que je m’étais donné cinq ans auparavant, avait été relevé. Je commençais à voir s’installer, en moi, un sentiment de stagnation. J’avais beaucoup aidé le milieu de la surdité en milieu scolaire par mon implication dans un comité EHDAA (enfants handicapés en difficultés d’adaptation et d’apprentissage) et il me semblait que j’avais fait ce que j’avais à faire. Même si j’ai beaucoup appris au niveau de l’éducation, que je me sentais utile et que j’ai eu beaucoup de plaisir à faire ce travail, il me semblait que je n’utilisais pas toutes mes forces, que je n’exploitais pas tout mon potentiel… J’avais besoin d’un autre défi… Quitter la CSBE et mon poste d’interprète n’a pas été facile, certes, mais d’un autre côté, j’avais d’importants rêves à réaliser que je ne pouvais mettre de côté sans y payer de ma joie de vivre….
Voici la suite de mon cheminement…
De façon intensive ces trois dernières années, j’investie mon temps à l’entraînement, à la formation, à l’organisation et à la réalisation d’expéditions pour réaliser mes rêves d’alpinisme. J’ai expérimenté des gros trucs et testé ma motivation en réalisant une formation d’alpinisme de trois mois au Canada et en Nouvelle-Zélande, et en effectuant l’ascension des Monts Kilimanjaro (Tanzanie), Aconcagua (Argentine), et le Mont Everest (expédition de repérage), je suis d’ailleurs la première Québécoise à être allée au-delà du camp de base de l’Everest et à y avoir presqu’atteint le camp 2 (6492m) en 2007. J’ai l’objectif d’y retourner pour le sommet en mars 2008 . Si je réussis, je serais alors la première Québécoise à mettre les pieds sur le Toit du monde.
Je suis actuellement en recherche de commandite…. Et en plein entraînement…
Le tout à commencer quand j’ai découvert les Rocheuses Canadiennes lors de randonnées réalisées pendant tout le mois de juillet 2005, à l’occasion d’un cours d’anglais à Canmore. Devenir bilingue, un autre rêve que je chérissais depuis fort longtemps et dont je me suis occupée de réaliser à ce moment là.
Pendant ce séjour en Alberta, je suis aussi aller grimper sur quelques parois d’escalade près de Canmore et j’ai recontacté ma fougue du dépassement et ce style de vie d’être en contact avec le milieu naturel que j’avais délaissé depuis l’arrivée des enfants. Mon engouement pour la montagne ne pouvait plus, pour moi, être contourné plus longtemps. J’avais une telle attirance que rien ne pouvait m’enlever ce goût de l’aventure qui est quasi devenue une obsession. |
Être mère, conjointe et réaliser mes rêves est une route que je poursuis avec cœur et conviction, mais j’y ai mis plusieurs années de travail sur moi avant d’arriver à exprimer ma vraie essence intérieure, ça a été et reste toujours tout un défi pour moi. C’est pas à pas que j’ai cheminé vers le respect de moi, l’amour de soi et la réalisation de mes rêves.
Le fait d’avoir trois filles (qui ont maintenant 14, 13 et 10 ans) complique un peu la logistique de projets de tel envergure et je dois avouer que ma fibre maternelle est chaque fois grandement sollicitée et mise à l’épreuve…, fibre maternelle qui voudrait que rien de malheureux n’arrive à ses enfants, comme perdre leur mère et c’est cette même fibre qui me guide à être ultra prudente en montagne.
| Durant ma dernière expédition, celle à l’Everest en 2007 j’ai relevé de nombreux défis… J’ai eu à faire preuve d’une très grande maîtrise de soi pour traverser six fois la cascade de glace, renommée très dangereuse. J’ai traversé de nombreuses échelles qui chevauchent les gigantesques crevasses du Glacier Khumbu. Mais ce qui m’a le plus surprise, a été que malgré certains moments où la peur a atteins un niveau important, malgré les conditions précaires découlant de vivre sur la montagne pendant un mois, ce dont je me rappelle le plus, c’est d’avoir vécu, la majorité du temps, une expansion et un très grand bien-être intérieur. Cela m’indique et me confirme chaque fois que j’ai besoin de vivre de telles expériences pour grandir… |
C’est à travers les difficultés que je traverse avec succès (les dépassements que je fais) que j’apprends à me connaître, que je découvre mes forces que je construis la confiance en moi.
J’ai à trouver un équilibre satisfaisant entre mes valeurs importantes, celle d’être disponible à mes filles et à mon conjoint et celle de relever des défis d’ascension.
J’ai des projets d’écriture et de conférences suite à ces deux réalisations… j’aimerais développer le regard intérieur de mes expéditions… et notamment aborder les défis féminins d’une telle aventure…